Orthographe : toutes les deux ou toute les deux, que dit la grammaire française ?

24 juillet 2026

La locution « toutes les deux » appliquée à un groupe féminin pose un problème d’accord que la majorité des francophones résolvent à l’oral sans y penser, mais qui génère des hésitations à l’écrit. La forme « toute les deux » est fautive : le mot qui précède « les deux » doit s’accorder en genre et en nombre avec le groupe qu’il représente.

Comprendre le mécanisme d’accord permet aussi de trancher entre des constructions voisines comme « toutes deux » ou « l’une et l’autre ».

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Accord de « tout » devant « les deux » : la règle grammaticale

Le mot « tout » placé devant « les deux » fonctionne comme un adjectif indéfini. Il s’accorde donc avec le nom ou le pronom auquel il se rapporte, en genre et en nombre.

Le nombre est toujours pluriel puisque « deux » implique au minimum deux éléments. Reste le genre, qui détermine la forme finale :

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  • Masculin ou groupe mixte : « tous les deux » – Le « s » final de « tous » marque le masculin pluriel. Exemple : « Marc et Julie sont partis tous les deux. »
  • Féminin : « toutes les deux » – Le « -es » final marque le féminin pluriel. Exemple : « Marie et Sophie sont parties toutes les deux. »
  • La graphie « toute les deux » (singulier féminin + pluriel) ne correspond à aucune combinaison grammaticale valide dans cette expression.

L’erreur vient souvent d’une confusion avec l’emploi adverbial de « tout » (dans « elle est tout étonnée », par exemple), où « tout » reste parfois invariable. Devant « les deux », il n’y a pas d’emploi adverbial possible : « tout » est ici adjectif et s’accorde systématiquement.

Deux femmes assises sur un banc dans un parc étudiant ensemble une feuille d'exercices de grammaire française en automne

Identifier le référent pour choisir entre « tous » et « toutes »

La difficulté apparaît dans les phrases où le référent n’est pas immédiatement visible. Ce n’est pas le mot « deux » qui commande l’accord, c’est le groupe de personnes ou d’objets désigné par la locution.

Prenons une phrase comme : « Ces deux propositions, je les accepte toutes les deux. » Le pronom « les » reprend « propositions », féminin pluriel, donc « toutes » s’impose. Si la phrase était « Ces deux devis, je les accepte tous les deux », le masculin pluriel s’appliquerait.

Dans une construction en apposition, le mécanisme reste le même : « Toutes les deux fatiguées, elles ont décidé de rentrer. » Le sujet « elles » commande l’accord de « toutes ». Remplacer par « Toute les deux fatiguées » serait une faute d’accord visible.

Le piège des groupes mixtes

Un groupe composé d’un nom féminin et d’un nom masculin suit la règle classique du français : le masculin l’emporte pour l’accord. On écrit donc « tous les deux » pour désigner un homme et une femme ensemble, jamais « toutes les deux » dans ce cas.

« Toutes les deux », « toutes deux » ou « l’une et l’autre » : quelle construction choisir

Le français propose plusieurs façons de désigner un ensemble de deux éléments féminins. Ces constructions ne sont pas interchangeables dans tous les contextes.

« Toutes les deux » est la forme la plus courante à l’oral et à l’écrit courant. Elle insiste sur la totalité du groupe : « Elles viendront toutes les deux » signifie qu’aucune ne manquera. L’article « les » renforce l’idée d’un ensemble déjà identifié par les interlocuteurs.

« Toutes deux » supprime l’article et produit un effet plus soutenu, presque littéraire. On la trouve davantage dans la presse écrite ou la prose soignée : « Toutes deux diplômées de la même école, elles ont fondé leur entreprise ensemble. » Le sens reste identique, mais le registre monte d’un cran.

« L’une et l’autre » change la perspective. Au lieu de former un bloc, cette locution distingue les deux éléments tout en les associant. « L’une et l’autre » met en valeur chaque élément du duo plutôt que le duo lui-même. Exemple : « L’une et l’autre ont présenté un projet différent. » La nuance est subtile, mais réelle : on passe de la fusion à la juxtaposition.

Accord du verbe avec « l’une et l’autre »

Avec « toutes les deux » ou « toutes deux », le verbe se met toujours au pluriel. Avec « l’une et l’autre », le pluriel domine largement dans l’usage contemporain (« l’une et l’autre sont venues »), même si le singulier reste toléré par certaines grammaires quand on veut insister sur chaque élément pris séparément.

Quand la locution « toutes les deux » alourdit la phrase

Certaines grammaires en ligne soulèvent un point utile : si « toutes les deux » n’apporte pas d’information supplémentaire, la phrase gagne en clarté sans cette locution.

Comparons deux versions : « Marie et Léa ont signé le contrat toutes les deux » face à « Marie et Léa ont signé le contrat ». Si le contexte établit déjà que les deux personnes sont concernées, la locution devient un doublon inutile que la relecture devrait supprimer.

La locution se justifie pleinement dans deux cas : lever une ambiguïté (« elles étaient trois, mais seules les deux premières ont accepté – toutes les deux sans hésitation ») ou produire un effet d’insistance voulu (« toutes les deux, sans exception »).

Un réflexe de relecture simple

Avant de valider « toutes les deux » dans un texte, deux vérifications suffisent. D’abord, identifier le référent et confirmer qu’il est bien féminin pluriel. Ensuite, retirer la locution et relire la phrase : si le sens ne change pas, l’alléger est souvent le meilleur choix.

La graphie « toute les deux » reste fautive dans tous les cas de figure. L’accord en genre et en nombre avec le référent est la seule règle à retenir. Entre « toutes les deux », « toutes deux » et « l’une et l’autre », le choix dépend du registre visé et de l’effet recherché : bloc courant, prose soutenue ou distinction entre les deux éléments.

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